Édito

En publiant une première version du décret électoral, le Conseil électoral provisoire tente d’ouvrir le dialogue avec les acteurs politiques et la société civile. Mais entre les incertitudes juridiques, l’insécurité persistante et la méfiance généralisée, cette démarche censée préparer le retour aux urnes soulève bien des doutes sur la crédibilité du processus à venir.

Le Conseil électoral provisoire (CEP) vient de soumettre à l’appréciation des acteurs politiques et de la société civile une première version du décret électoral qui devra encadrer les prochaines élections. Une initiative que l’institution qualifie d’« inclusive » et « transparente ». Mais dans un pays où la confiance envers les institutions est en lambeaux, la publication de ce document soulève autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Le Premier ministre et les membres du CEP

D’abord, le contexte. Aucune date n’a encore été fixée pour les élections, et pourtant, le CEP se veut déjà rassurant, multipliant les appels à la participation et à la concertation. L’idée est louable : associer les forces vives du pays à l’élaboration des règles du jeu démocratique. Mais que vaut un appel à la concertation lorsque les conditions minimales de sécurité, de transparence et d’indépendance ne sont pas réunies ?

Le projet de décret s’appuie sur la Constitution de 1987, celle-là même que l’institution électorale avait pour mission de réviser. Ce paradoxe n’est pas anodin : il témoigne de l’incertitude politique dans laquelle s’enlise la transition actuelle. En se réfugiant derrière un cadre juridique déjà contesté, le CEP donne l’impression d’avancer à reculons, sans vision claire de la réforme institutionnelle promise.

Plus préoccupant encore, le texte semble ignorer la réalité du terrain. L’article 221 prévoit deux centres de vote par section communale, alors que de vastes portions du territoire — notamment dans l’Ouest et l’Artibonite — sont sous le contrôle de groupes armés. Comment garantir un vote libre et secret dans des zones où l’État n’exerce plus aucune autorité ? Le risque est grand de voir une élection partielle, tronquée, voire manipulée.

Sur le plan financier, le projet de décret confirme que plus de trois milliards de gourdes seront alloués aux partis politiques. Les conditions d’accès à ces subventions, censées renforcer l’équité, risquent cependant de privilégier les structures déjà en place, au détriment des formations émergentes. Quant aux candidats indépendants, ils sont purement exclus du financement public, comme si l’esprit de compétition politique devait se limiter aux appareils traditionnels.

Le CEP promet un processus « impartial et inclusif ». Il serait souhaitable qu’il commence par démontrer cette impartialité, non dans les textes, mais dans les actes. La transparence ne se décrète pas ; elle se prouve. Et la démocratie, en Haïti, ne renaîtra pas d’un décret de plus, mais d’un véritable engagement collectif à en respecter les principes.

La rédaction de Megalexis