La musique haïtienne vient de perdre l’un de ses piliers les plus brillants. André « Dadou » Pasquet, guitariste virtuose, architecte du son contemporain et cofondateur du mythique Magnum Band, s’est éteint dimanche aux États-Unis, à 72 ans. Avec lui disparaît non seulement un musicien d’exception, mais aussi un esprit profondément tourné vers la quête d’excellence et la transmission. Pourtant, comme toute véritable légende, Dadou laisse derrière lui une œuvre qui ne se dissout pas dans le silence : elle se prolonge, palpite, éclaire.

André ”Dadou” Pasquet

Né le 18 août 1953 à Port-au-Prince, au cœur d’une famille où la musique servait presque de seconde langue, Dadou Pasquet n’a jamais eu besoin de chercher sa voie : elle le trouverait. Dès l’enfance, sous l’influence de son oncle Rodolphe « Dòdòf » Legros et de son cousin Pierre Prato, il développe un instinct musical sûr, une écoute rare, cette capacité à respirer musique avant même de la comprendre. Quand la famille émigre à New York à la fin des années 1960, fuyant la dictature, l’adolescent prodige n’est pas encore conscient qu’il est sur le point d’entrer dans l’histoire.

À seulement 13 ans, Dadou partage déjà la scène avec les maîtres de la génération Nemours-Sicot. Cette précocité n’est pas un hasard : elle marque la trajectoire d’un musicien qui, toute sa vie, refusera les demi-mesures. Élève appliqué au Staten Island Community College, il embrasse harmonie, piano, chant et composition avec la même soif insatiable. Cette formation complète fera de lui l’un des esprits les plus structurés et respectés de la musique haïtienne.

Son entrée au sein du Tabou Combo, en 1970, ouvre un chapitre déterminant. Pendant six ans, il insuffle au groupe une rigueur, une finesse d’arrangements et une signature guitaristique qui contribueront à propulser la formation au sommet de la scène internationale. L’arrangement de New York City — tube planétaire — porte son empreinte, tout comme l’esprit inventif derrière Mabouya, repris plus tard par Carlos Santana sous le titre Foo Foo. Si certaines zones d’ombre demeurent quant aux crédits et aux royalties, l’impact artistique, lui, n’a jamais été contesté.

En 1976, Dadou tourne une page et en écrit une autre : il fonde, avec son frère Tico, le Magnum Band, formation devenue patrimoine national. Expérience, Pike Devan, La Foi, Wangol — autant de titres qui mêlent tradition, modernité et spiritualité, et qui témoignent de son refus obstiné de la médiocrité. Dadou voyait la musique non comme une industrie mais comme un devoir : celui de protéger l’identité culturelle haïtienne sans la figer.

Artiste exigeant, homme profondément spirituel, pédagogue respecté, Dadou Pasquet était de ceux qui préféraient la vérité aux compromis faciles. Il croyait à la rigueur, à la beauté intérieure, à la musique conçue comme une quête plutôt qu’un artifice. Son décès laisse un vide immense, mais aussi une certitude : les 34 albums qu’il nous lègue, ses solos inimitables, son intégrité inébranlable resteront des balises pour les générations futures.

Aujourd’hui, alors que sa famille invite le public à faire vivre son héritage en écoutant sa musique, une évidence s’impose : Dadou Pasquet n’a jamais été seulement un guitariste. Il était — et demeure — l’une des plus grandes consciences musicales d’Haïti. Une lumière que ni le temps ni l’oubli ne sauront éteindre.

La rédaction de Megalexis